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L'exposition Claude Viallat

présentée au musée d'art Roger-Quilliot de la Ville de Clermont-Ferrand insistera sur l'importance et le rôle de la couleur dans les travaux récents de Claude Viallat.
L'artiste n'en poursuit pas moins son dessein d'accomplissement de la peinture selon les principes élaborés dès 1967. La forme fonctionne toujours comme un organisme vivant qui se multiplie en exposant à la fois les propriétés de la forme matricielle et ses propriétés propres de forme unique.
Les formes animent littéralement l'espace où elles se déploient et dont elles manifestent la matérialité.
Elles vivent de la couleur et la qualifient, lui donnent chair et corps. C'est donc l'association des formes et de la couleur qui dote chaque œuvre de Viallat d'une puissance décorative efficace. Cette efficacité va jusqu'à la violence, une violence lyrique, plus marquée dans les œuvres récentes que dans celles des années Supports/Surfaces où le travail d'analyse des constituants matériels de la peinture s'exposait d'abord comme le contenu intrinsèque de chaque œuvre. Ce qui s'impose désormais c'est la somptuosité d'une couleur portée à son intensité par la plénitude assumée d'une forme qui ne peut plus être perçue comme l'outil visuel et productif d'un dispositif théorique.
La plupart partie des œuvres exposées se caractérisent par la découpe de leur surface et par le fait que cette dernière n'est pas l'open field plan du all over pollockien. Car elle est constituée de pièces de tissus de différentes textures aboutées et cousues, traitées en éléments à la fois autonomes et constitutifs d'un ensemble : un espace bocager pour ainsi dire si l'on veut l'opposer à la planéité selon Greenberg.
La mise en parallèle avec les peintures américaines qualifiées de shaped canvases n'a de sens que si l'on prend en compte cette différence irréductible.
On pourrait se hasarder à caractériser ces œuvres comme des polyptyques souples et mobiles. Mais ce serait par trop réducteur. Car leur matérialité textile invite à les référer aux abris nomades, aux cloisons de ces abris et à des habits de fêtes et de cérémonies anciennes et inassignables à un temps et à un lieu.
À se hasarder à de tels rapprochements, c'est bien sûr vouloir insister sur la primitivité de telles œuvres et souligner combien la pensée d'André Leroi-Gourhan, plus que la vulgate marxo-structuralo freudienne, ouvrit, à Claude Viallat, une issue aux impasses de la modernité incapable d'aboutir au dernier tableau.
C'est donc souhaiter qu'à la suite de Didier Semin d'autres auteurs s'emploient, hors des croyances esthétiques militantes où se sont enfermés nombre de critiques et d'historiens, dont l'auteur de ces lignes, à, enfin, faire de l'histoire. C'est pourquoi le catalogue de l'exposition ne sera ni seulement un catalogue d'exposition, ni tout à fait une monographie. Il ne sera surtout pas l'une de ces fausses monographies que sont nombre de catalogues d'exposition.

Bernard Ceysson

   

© Galerie Bernard Ceysson